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CHARLOTTE PLAIDEAU plaideau@anso.ucl.ac.be


Charlotte Plaideau est doctorante en anthropologie, licenciée en sociologie. Après ses études, elle a travaillé comme chercheuse principale sur une étude intitulée « l’évolution contemporaine de la parentalité », menée conjointement entre le département ANSO de l’UCL et le Centre d’études sociologiques (CES) des Facultés universitaires Saint-Louis. Elle a ensuite obtenu une bourse FNRS pour entamer une thèse de doctorat en anthropologie des religions, sur la  confrontation des religions afro-brésiliennes et néopentecôtistes à Salvador de Bahia. Elle est actuellement aspirante FNRS à l’UCL, chercheuse associée aux Facultés universitaires Saint-Louis, membre du Laboratoire d’Anthropologie Prospective (Louvain-La-Neuve)·

Thématique principale:

La "guerre contre le diable" à Salvador de Bahia

Depuis quelques années, le paysage religieux brésilien est marqué par une « guerre spirituelle » menée par les néopentecôtistes contre les afro-brésiliens, dont les dieux – orixàs – sont ouvertement démonisés.  Faisant la une des journaux bahianais depuis 1995, les principales critiques proviennent de l’Eglise Universelle du Royaume de Dieu, qui formule des accusations de sorcellerie à l’égard du Candomblé ; ce faisant, elle pose les jalons de sa mission centrale de « croisade contre le diable ». En effet, si toutes les réunions ne sont pas consacrées à la délivrance proprement dite, c’est bien la centralité de l’exorcisme, du combat contre les forces du mal, qui constitue avant tout l’originalité de l’Eglise Universelle au Brésil, et justifie son qualificatif de « néo »-pentecôtiste. Qualifiée tantôt de « conflit religieux », « guerre spirituelle » ou encore « guerre sainte », la "guerre contre contre le diable" nous semble incarner des enjeux identitaires dépassant la perspective classique d’une dispute de fidèles par des mouvements religieux concurrents.
        Premièrement parce qu'elle semble annoncer un mode de cohabitation
des religions qui contraste avec le passé. En faisant de l’exorcisme le cadre rituel de leurs actions, les néopentecôtistes contribueraient à reconnaître l’existence des orixàs et opérer ainsi une relative inclusion des religions afro-brésiliennes dans leur univers de croyances, même si ce qu’ils intègrent de l’Autre, c’est sa différence. Ensuite, en réinterprétant un grand nombre de symboles et de pratiques propres à l’univers afro-brésilien – notamment la possession par les esprits -, ils procèdent non seulement à leur reconnaissance et leur légitimation, mais ouvrent également une brèche, grâce à une médiumnité partagée, à la circulation réversible du culte des orixàs à celui de l’Esprit Saint.

        Deuxièmement, la "guerre contre le diable" a cela de particulier qu'elle s'immisce au coeur des préoccupations d'acteurs religieux, mais également de politiciens, d’intellectuels et de militant, y voyant un sérieux cas d’intolérance religieuse affectant le champ religieux bahianais dans son ensemble. Notant la présence massive des prises de position de la part des mouvements noirs, nous avons envisagé l’existence d’un éventuel enjeu racial au cœur de ce conflit, en apparence purement religieux. En effet, si celle-ci a largement cheminé depuis quelques décennies, il serait faux d’affirmer que le Brésil n’est aujourd’hui plus autant aux prises avec les problèmes du métissage et de la cohabitation des races. Et les différentes réponses élaborées tantôt par les pouvoirs publics, tantôt par le peuple lui-même, n’ont pu que constituer des équilibres précaires, rapidement balayés par la réalité. Les questions touchant à la race et la couleur continuent ainsi à provoquer le malaise chez les uns et déchaîner les passions militantes chez les autres.

C’est dans cette perspective que nous cherchons à comprendre dans quelle mesure ladite « guerre spirituelle » se double d’un contenu racial, certes plus ambigu, mais non moins à fleur de peau. En effet, là où le Candomblé valorise de plus en plus l’affirmation de son africanité, l’Eglise Universelle semble – malgré sa composition essentiellement Noire – viser la réussite en se démarquant précisément de cette tradition africaine. Ainsi, la plupart des Candomblés affichent simultanément l’intellectualisation croissante de leurs adeptes, dirigeants et sympathisants, en même temps qu’ils entérinent ce mouvement de « réafricanisation » identifié par de nombreux auteurs brésiliens ; tout se passe comme si la participation de Blancs riches à un culte de plus en plus proche de sa terre mère africaine, prouve la compatibilité, dans la Candomblé, de l’africanité et la réussite socio-économique. A l’opposé, dans les temples de l’Universelle, la question raciale semble se retrouver, en filigrane, derrière l’attitude de ces obreiras qui, quelle que soit leur couleur de peau, valorisent un processus de « blanchiment » de l’identité; relookées à l’occidentale – tailleurs sobres et cheveux lissés chaque semaine chez le coiffeur, elle véhiculent l’idée qu’à l’Universelle, la réussite sociale passe par la négation de sa « négritude », à l’opposé de sa valorisation dans le message candombléciste. La construction de « l’être Noir » s’est ainsi frayé un chemin jusque dans les temples et les terreiros, ouvrant de nombreuses questions sur les conséquences d’une telle correspondance entres les contenus raciaux et religieux.


Langues parlées : français, néérlandais, anglais, espagnol, portuguais


Bibliographie sélective

  • PLAIDEAU, C., « La critique des nouveaux mouvements religieux : Sectes ou croyances à la  dérive ? », paru dans le journal LE SOIR, page FORUM/DEBAT du mardi 18 juillet.
  • PLAIDEAU, C., « La transe afro-brésilienne : ‘je ne pense pas donc je suis’ », à paraître dans le journal C4, numéro d’août 2006
  • PLAIDEAU, C., « Le diable : nouvel opium du peuple ? », publié dans le journal C4, numéro de décembre 2005
  • PLAIDEAU, C., « La chasse aux mauvais parents », publié dans le journal C4, numéro de septembre 2005
  • PLAIDEAU, C., « On ne veut pas divorcer proprement ! », publié dans le journal C4, numéro de juillet 2005
  • PLAIDEAU, C., « La réforme belge du divorce : contre la perception moderne de l’amour ? », in FIALHO COSTA, L. (dir.), La famille ; un dialogue interdisciplinaire, Salvador, UFBA, 2005.
  • PLAIDEAU, C., MARQUET, J., Regard transversal sur les Etats-Généraux des Familles, document rédigé à l’occasion de la séance plénière des Etats-Généraux organisés par le cabinet du ministère de la
    justice, le 27 avril 2004.
  • PLAIDEAU, C., Le décor juridique belge, communication au colloque « Faites des pères ; parentalité et égalité » organisé par les Femmes Prévoyantes Socialistes le 7 mai 2004.
  • PLAIDEAU, C., L’évolution contemporaine de la parentalité, communication au colloque « Faites des pères ; parentalité et égalité » organisé par les Femmes Prévoyantes Socialistes, le 7 mai 2004.
  • PLAIDEAU, C., « La guerra neopentecostal contra el demonio afro-brasileño; o la re-configuración de las relaciones inter-religiones”, communication au Congrès « VI ème Réunion d’Anthropologie du Mercosul » (6è RAM), Montévidéo, 16-18 novembre 2005
  • PLAIDEAU, C., « Neopentecostales contra afro-brasileños ; discriminar o valorizar la identidad negra ?”, communication au Congrès « VI ème Réunion d’Anthropologie du Mercosul » (6è RAM), Montévidéo, 16-18
    novembre 2005
  • PLAIDEAU, C., « La guerre néopentecôtiste contre le démon afro-brésilien ; création de l’identité dans l’adversité », in Actes du colloque « Identités autochtones et missions ; brisures et émergences », Paris, Karthala, Coll. Mémoires d’Eglise,
  • à paraître en 2006 PLAIDEAU, C., « La guerre néopentecôtiste contre le démon afro-brésilien : Lorsque conflit et alliance constituent les deux faces d’une même pièce », in Civilisations, à paraître en 2006.